D’abord merci à vous tous pour vos commentaires, toujours judicieux et encourageants.
Cela dit, je rentre d’Europe et un chroniqueur automobile ne peut s’empêcher d’y noter la très forte proportion de véhicules à moteur diesel, un sujet que j’ai d’ailleurs abordé à plusieurs reprises. Pour tout vous dire, je ne pense pas avoir une seule voiture à moteur à essence durant mes courts déplacements dans les quelques grandes villes que j’ai arpentées, que ce soit Dubrovnik, Éphèse ou Athènes. Facile à comprendre quand on vous dit que la Turquie par exemple paye l’or noir autour de 2,30 $ le litre et cela bien qu’elle partage l’une de ses nombreuses frontières avec l’Iran.
Au Bangladesh, me signale mon ami Daniel Breton qui y séjourne présentement, tenez-vous bien, on ne parle plus d’or noir, mais d’or pur avec un prix d’environ 7 $ le litre. Vous avez bien lu. 280 $ pour remplir un réservoir de 40 litres alors que le salaire moyen est de 50 $ par semaine.
Quand je me bats pour savoir pourquoi les moteurs diesel ne sont pas plus répandus chez nous, on me sert plein d’excuses : les Américains n’en veulent pas, le gazole est plus polluant que l’essence, les moteurs sont plus coûteux, etc. En réponse à ces explications, je me dis qu’il doit y avoir moyen de faire savoir aux Américains que les diesels d’aujourd’hui ne sont plus bruyants, fumants, frileux, malodorants ou peu performants. Quant au taux de pollution, les nouveaux diesels sont munis de filtres à particules qui les rendent moins polluants qu’autrefois. En plus, si un véhicule à moteur diesel consomme 8 litres aux 100 alors que le même engin brûle 12 litres aux 100 lorsqu’il est alimenté en essence, il me semble que la logique veut qu’il émette moins d’émissions polluantes en fin de compte puisqu’il consomme près de 40 % moins de carburant. Quant au prix d’un moteur diesel, on est rétribué non seulement par son faible appétit, mais aussi par sa robustesse.
Finalement, un lecteur qui avait lu l’un de mes papiers sur le sujet m’a écrit par la suite sa propre explication sur la rareté des diesels en Amérique. En voici quelques extraits.
« Nos raffineries sont équipées de « craqueurs catalytiques» qui se situent en aval des colonnes de distillation à pression atmosphérique et des colonnes de distillation sous vide. Le craquage catalytique permet de produire davantage de molécules légères (donc d’essence) que de diesel. En Europe, par contre, les raffineries sont équipées “d’Hydro craqueurs” à la place de craqueurs catalytiques. Ces derniers produisent davantage de molécules lourdes et permettent donc de produire plus de carburant diesel que d’essence.
Le choix a donc été fait il y a bien longtemps lorsque les automobilistes européens ont accepté les nombreux inconvénients des moteurs diesel d’alors, incitant ainsi les raffineurs à s’équiper pour faire face à la demande.
En Amérique, les gens ont préféré le silence, la douceur de fonctionnement et la puissance des moteurs à essence. Nos raffineries se sont donc dotées d’équipements (les craqueurs catalytiques) capables de produire beaucoup d’essence.
Cependant, une certaine quantité de diesel provient quand même des étapes de distillation à pression atmosphérique et de distillation sous vide. Les raffineries se sont donc retrouvées avec un surplus de carburant diesel qu’elles devaient écouler à faible prix, même s’il s’agit d’un carburant ayant une plus grande densité énergétique que l’essence. Ceci expliquerait que le carburant diesel s’est longtemps vendu moins cher que l’essence.
Plus récemment, l’effondrement de l’économie mondiale a eu pour effet de réduire la demande de ce carburant et les prix ont battu en retraite. La loi entrant en vigueur le 1er juillet prochain, obligeant tous les camions à être limités électroniquement à 105 km/h, devrait avoir un effet à la baisse sur le prix du diesel.
Pour étendre l’utilisation du moteur diesel dans nos automobiles, comme on l’a fait en Europe, les raffineurs devraient investir des milliards (au moins un milliard par raffinerie) pour s’équiper d’unités d’hydro craquage!
Ces coûts d’investissements seraient forcément refilés aux consommateurs!
La solution n’est vraiment pas simple, mais je crois que la combinaison d’un moteur diesel avec un moteur électrique (hybride diesel-électrique) serait le meilleur compromis pour nous, car même si le tout électrique semble être la solution parfaite, on aura toujours besoin de chauffer nos habitacles en hiver » Et là-dessus, je partage entièrement les vues de notre lecteur.