En écrivant un petit article sur les anomalies entourant le commerce du diesel (moteur et carburant), je ne pensais pas susciter un tel déferlement de commentaires. Une chose est sûre : cette mécanique que plusieurs trouvent rustique a énormément d’adeptes et très peu de détracteurs. La statistique la plus éloquente à ce sujet réside dans les parts de marché détenues en ce moment par Mercedes-Benz au Canada.
La majorité des modèles de ce constructeur allemand vendus au Canada, 51,3 %, sont dotés d’un moteur diesel tandis que l’option 4-Matic identifiant la traction intégrale est encore plus répandue avec un pourcentage de 75,7 %. L’industrie automobile devrait en prendre note au lieu d’écarter le diesel de sa production nord-américaine. Imaginez GM offrant des voitures consommant du gazole et pourvues de quatre roues motrices. Fin de la crise.
Cela dit, mes propos sur le diesel m’ont valu une montagne de commentaires favorables à une ou deux exceptions près. Un lecteur qui semble s’y connaître a même répondu à la question fondamentale de mon intervention, soit le coût « artificiellement » élevé du gazole. Je cite ce monsieur en lui accordant une crédibilité qu’il n’a peut-être pas, mais je lui donne quand même le bénéfice du doute. C’est long, mais intéressant.
L’EUROPE ET L’AMÉRIQUE
« Bien que n’étant pas un expert dans le domaine du raffinage, je crois savoir que les raffineries en Amérique sont équipées de “craqueurs catalytiques”. Ces équipements se situent en aval des colonnes de distillation à pression atmosphérique et des colonnes de distillation sous vide. Le craquage catalytique http://fr.wikipedia.org/wiki/Craquage permet de produire davantage de légères molécules (donc d’essence) que de diesel. En Europe, par contre, les raffineries sont équipées “d’hydro craqueurs” à la place de craqueurs catalytiques.
Ces derniers produisent davantage de molécules lourdes et permettent donc de produire plus de carburant diesel que d’essence. www.ifp.fr/content/download/56060/1242258/version/2/file/IFP-Panorama06_09-GTL-VF.pdf
Le choix a donc été fait il y a bien longtemps lorsque les automobilistes européens ont accepté les nombreux inconvénients des moteurs diesel d’alors, incitant ainsi les raffineurs à s’équiper pour faire face à la demande.
En Amérique, les gens ont préféré le silence, la douceur de fonctionnement et la puissance des moteurs à essence. Nos raffineries se sont donc dotées d’équipements (les craqueurs catalytiques) capables de produire beaucoup d’essence.
Cependant, une certaine quantité de diesel provient quand même des étapes de distillation à pression atmosphérique et de distillation sous vide. Les raffineries se sont donc retrouvées avec un surplus de carburant diesel qu’elles devaient écouler à faible prix, même s’il s’agit d’un carburant ayant une plus grande densité énergétique que l’essence.
Ceci expliquerait que le carburant diesel s’est longtemps vendu moins cher que l’essence.
LA LOI DU MARCHÉ
Cependant, l’essor économique des 5-6 dernières années a résulté en une consommation accrue de carburant diesel de la part des compagnies de camionnage et de transport ferroviaire. Le prix du diesel a donc réagi aux lois du marché.
Plus récemment, l’effondrement de l’économie mondiale a eu pour effet de réduire la demande de ce carburant et les prix ont battu en retraite. La loi entrant en vigueur le 1er juillet prochain, obligeant tous les camions à être limités électroniquement à 105 km/h, devrait avoir un effet à la baisse sur le prix du diesel.
Pour étendre l’utilisation du moteur diesel dans nos automobiles, comme on l’a fait en Europe, les raffineurs devraient investir des milliards (au moins un milliard par raffinerie) pour s’équiper d’unités d’hydro craquage !
Ces coûts d’investissements seraient forcément refilés aux consommateurs!
La solution n’est vraiment pas simple, mais je crois que la combinaison d’un moteur diesel avec un moteur électrique (hybride diesel-électrique) serait le meilleur compromis pour nous, car même si le tout électrique semble être la solution parfaite, on aura toujours besoin de chauffer nos habitacles en hiver!
L’ARNAQUE DE L’ÉTHANOL
Quant à l’éthanol, il génère un déficit énergétique en plus de favoriser une rareté des céréales, aliment de base (voire le seul) dans de nombreux pays.
L’arnaque de l’éthanol c’est que bientôt les raffineurs seront obligés d’inclure un certain pourcentage d’éthanol dans leur essence. Pour y arriver, ils doivent modifier les propriétés de leur essence afin que celle-ci retrouve ses propriétés initiales une fois mélangées à l’éthanol. Ces modifications aux propriétés de l’essence forceront les raffineurs à investir en R&D pour modifier leurs procédés. Ces coûts vont sans aucun doute se retrouver sur nos reçus de caisse lors des pleins d’essence.
Et ce n’est pas tout, l’éthanol ayant une densité énergétique plus faible que celle de l’essence, on se retrouvera avec un litre de “E85″ qui coûtera plus cher que le litre d’essence actuel et qui de surcroît contiendra moins d’énergie (c.-à-d. plus de litres aux 10 km) en plus d’avoir nécessité la culture additionnelle de céréales avec tous les effets négatifs qui en résultent sur l’environnement!!!
Espérant que ce commentaire vous aura permis de jeter un regard neuf sur ce merveilleux monde qu’est l’industrie pétrolière.