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OSHAWA, Ontario (le jeudi 3 mai 2001). L'automne dernier, 10 étudiants canadiens ont accepté de participer à une étude universitaire. Ils ont cru d'abord que ce serait une façon facile de se faire un peu d'argent, mais ils ont vite changé d'idée lorsqu'ils ont compris qu'ils auraient à endurer une chaleur écrasante dans une voiture stationnée surchauffée. Leur supplice sera utile cependant, puisqu'ils auront ainsi contribué à sauver la vie de jeunes enfants.
Ces volontaires ont participé à une étude financée par la General Motors du Canada et dirigée par Dr Oded Bar-Or, pédiatre et directeur du centre de conditionnement physique et de nutrition des enfants de McMaster University, de Hamilton (Ontario). L'étude, qui a révélé que les enfants et les bébés pouvaient subir de graves séquelles et même décéder après seulement quelques minutes dans un véhicule chaud et fermé, serait la première du genre.
Dr Bar-Or, chercheur de renommée internationale en hyperthermie infantile, et son associé de recherche, Dr Bogdan Wilk, ont réalisé cette étude en octobre dernier aux installations nationales d'essais solaires du laboratoire Bodycote Materials Testing Canada, de la région de Toronto, en Ontario. L'objectif était de recueillir des données qui guideraient GM dans le développement d'une technologie pouvant prévenir le décès d'enfants enfermés dans l'habitacle.
" Il y a un an environ, GM a pris contact avec nous et nous mis au courant de données très inquiétantes sur le nombre de bébés et d'enfants morts d'insolation après avoir été laissés dans un véhicule fermé en pleine chaleur, a dit Dr Bar-Or. Nous avons été préoccupés, comme GM, par la gravité de ce problème de santé publique et avons entrepris l'élaboration d'un projet de recherche susceptible d'aider à mieux saisir ce tragique phénomène.
" Bien entendu, il était hors de question de faire des expériences sur des bébés et de jeunes enfants. Nous avons donc recruté 10 jeunes hommes en bonne santé, de 18 à 25 ans et de poids très divers, afin de participer à l'étude. Les constatations ont ensuite été rajustées pour déterminer les effets des différentes conditions sur les jeunes enfants. "
Dr Bar-Or et Dr Wilk ont relié les participants à des moniteurs et les ont fait asseoir sur la banquette arrière d'une Cavalier stationnée dans une chambre climatique dans laquelle la température avait été élevée pour simuler une journée chaude, ensoleillée et peu humide, comme celles que l'on connaît en Arizona. La température à l'extérieur du véhicule était de 37 à 38 degrés Celsius (98,6 à 100 degrés Fahrenheit).
Les tests étaient divisés en deux séries. Dans la première série, la voiture était rafraîchie, puis chauffée graduellement jusqu'à plus de 65,5 degrés Celsius (150 degrés Fahrenheit). Les chercheurs voulaient ainsi déterminer l'effet de la chaleur sur des personnes qui circulent dans un véhicule climatisé, puis sont laissées dans le véhicule stationné pendant un certain temps. Certains volontaires ont trouvé cette première série de tests tellement pénible qu'ils ont décidé de ne pas se soumettre à la seconde.
Dans la deuxième série de tests, les volontaires montaient dans le véhicule déjà très chaud afin de simuler l'effet de la chaleur sur un jeune enfant qui s'enfermerait, sans être vu, dans un véhicule stationné en plein soleil.
Chaque séance devait durer de 70 à 75 minutes ou jusqu'à ce que les volontaires demandent à descendre de voiture, selon la première éventualité. Les chercheurs ont pris la température cutanée et rectale, mesuré le taux de sudation, le rythme cardiaque, la tension artérielle, le degré d'hydratation, la sensation thermique et le confort thermique.
" Je me sentais extrêmement mal ", a dit Brian Timmons, un associé de recherche qui a aussi fait partie des volontaires. Timmons a tenu bon le plus longtemps : il est resté 83 minutes dans le véhicule rafraîchi au préalable et 45 minutes dans le véhicule chaud. " J'étais étourdi, j'avais excessivement chaud et je transpirais. Même si je tentais de prendre de grandes respirations, j'avais l'impression de manquer d'oxygène. Les cinq à dix dernières minutes ont été les plus éprouvantes.
Un autre participant a sué de façon si abondante qu'il a perdu près de 3 % de sa masse corporelle. Les sujets étaient autorisés à lire pendant qu'ils étaient dans la voiture, mais peu d'entre eux ont poursuivi la lecture après plus de quinze à vingt minutes.
Avant sa mise en oeuvre, l'étude a été scrutée et approuvée par le comité d'éthique de McMaster University. Les participants ont été examinés avant l'étude, à toutes les cinq minutes pendant qu'ils étaient dans la voiture et après, durant la période de récupération.
" Nous avons constaté que, dans une voiture compacte rafraîchie puis stationnée au soleil par une température extérieure de 95 degrés, la température de l'habitacle atteint 150 degrés Fahrenheit en quarante minutes, a révélé Dr Bar-Or. Peut-être à cause de la redistribution du flux sanguin, de telles conditions ont des effets énormes sur le corps humain et compromettent les organes vitaux. Nous savons par ailleurs que la régulation de la température corporelle n'est pas très efficace chez les très jeunes enfants, ce qui aggrave considérablement les risques dans leur cas. "
Dr Bar-Or affirme que la Finlande peut donner une bonne indication du temps que peut tolérer un jeune enfant dans un véhicule surchauffé. Dans ce pays où les bains de vapeur sont une tradition bien enracinée, même pour les très jeunes enfants, les Finlandais savent depuis toujours qu'il ne faut jamais garder un bébé plus de cinq minutes dans un sauna.
Une deuxième série de recherches sera menée cet été afin d'en apprendre davantage sur les effets d'une humidité élevée dans les véhicules. Malgré tout ce qu'il a enduré l'automne dernier, Brian Timmons compte bien participer encore une fois.
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